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Complications et fausse couche

Les spermatozoïdes de mauvaise qualité peuvent-ils provoquer des fausses couches ? (Un nouvelle étude dit que oui.)

Quand une grossesse se termine par une fausse couche, de nombreuses femmes disent qu’elles se sentent coupables, honteuses et responsables de la perte. Mais un nombre de plus en plus important de recherches révèlent que dans certains cas, les grossesses peuvent s’arrêter à cause d’anomalies des spermatozoïdes. Malgré le rôle crucial des spermatozoïdes dans les grossesses saines, les hommes ne sont généralement pas examinés en cas de fausse couche. Le Dr Anastasia Dimakopoulou, chargée des recherches cliniques au sein du Service de médecine de l’Imperial College of London, affirme que cela devrait changer.

Le Dr Dimakopoulou a coécrit une nouvelle étude, publiée ce mois-ci dans la revue médicale Clinical Chemistry, qui souligne le rôle des spermatozoïdes de mauvaise qualité dans les fausses couches à répétition. Cette étude a examiné les partenaires masculins de femmes qui subissaient des fausses couches à répétition, que l’on définit généralement comme trois fausses couches ou plus. Elle a révélé que le sperme de ces hommes possédait des niveaux plus élevés de ce que l’on appelle des radicaux d’oxygène, un biomarqueur de la santé globale d’un homme.

 

Les hommes et les femmes doivent être également contrôlés après une fausse couche

Le Dr Dimakopoulu explique que lorsque l’on essaye de déterminer la cause d’une fausse couche : « Les hommes et les femmes devraient faire également l’objet d’examens avec des tests spécialisés standard. » Mais cela n’est actuellement pas la pratique courante. En fait, le Dr Dimakopoulou affirme : « Dans la plupart des cas, on ne pose pas une seule question aux hommes lors des visites cliniques après des fausses couches à répétition. » Même si cette étude particulière examinait uniquement les partenaires masculins dans les cas de fausses couches à répétition, le Dr Dimakopoulou affirme que les fausses couches isolées seront incluses dans les recherches futures.

Il semble que les femmes confondent parfois le fait de porter la grossesse et le fait de la perdre. Le Dr Jessica Zucker, docteure en médecine et psychologue agréée, est spécialisée dans la santé mentale maternelle et reproductive des femmes, avec plus de dix ans d’expérience dans l’accompagnement des femmes. Elle affirme qu’après une fausse couche, de nombreuses femmes ont immédiatement le sentiment que leur corps leur a, d’une certaine manière, fait défaut. Leur premier instinct est souvent de porter la responsabilité. « Il faut parfois du temps avant que les gens envisagent le sperme comme une possibilité. »

Les fausses couches ne sont pas causées par ce qu’une femme fait ou ne fait pas

Il existe également une fausse idée répandue sur les fausses couches, notamment sur ce qui les provoque. L’une des études les plus importantes jamais réalisées sur les fausses idées concernant les fausses couches, publiée dans la revue médicale Obstetrics & Gynecology, a révélé que 40 % des femmes pensaient que leur fausse couche avait été provoquée par quelque chose qu’elles auraient mal fait, près de 50 % se sentaient coupables et 75 % étaient convaincues qu’un événement stressant était à l’origine.

Cependant, des études ont montré que le stress ne provoque pas de fausses couches, et même les données examinant la relation entre le stress extrême et les fausses couches ne sont pas claires. La plupart des fausses couches, environ 60 %, sont le résultat d’une anomalie chromosomique, dont certaines peuvent être apportées par l’homme. Les 40 % restantes sont inexpliquées. Le Dr Dimakopoulou affirme que dans ces cas, la femme et l’homme devraient également faire l’objet d’examens afin de déterminer la cause potentielle.

Les fausses idées renforcent le sentiment de honte

Une étude publiée dans la revue Obstetrics & Gynecology a également montré que les fausses idées sur les fausses couches peuvent renforcer les sentiments négatifs tels que la honte, l’isolement et la dépression après la perte. Les femmes qui recevaient une explication médicale pour leur fausse couche étaient moins susceptibles d’éprouver ces sentiments. Mais cette étude spécifique ne se demandait pas si la qualité des spermatozoïdes du partenaire masculin, ou d’autres facteurs biologiques propres à l’homme, étaient envisagés comme une cause potentielle.

Si les femmes savaient, et comprenaient vraiment, que la qualité des spermatozoïdes est cruciale, non seulement pour tomber enceinte mais aussi pour mener une grossesse à terme, peut-être n’éprouveraient-elle pas autant de honte et culpabilité ? Le Dr Dimakopoulu en est convaincue. Mais il a fallu à la médecine beaucoup de temps pour admettre cette idée.

Une définition lourde de sens couplée à un silence culturel

Lorsque vous examinez la définition du mot « fausse couche », il n’est sans doute pas surprenant que les femmes se blâment depuis longtemps. Examinons la signification des deux mots : « fausse » et « couche ». Selon le dictionnaire :

Fausse = du latin Falsus, qui signifie « tromper »

Couche = du latin Culche, qui signifie « lit »

Si l’arrêt précoce d’une grossesse portait un autre nom, par exemple quelque chose ressemblant à « erreur biologique inexpliquée », est-ce que cela aurait changé la façon dont les fausses couches ont été historiquement perçues ? Cela semble plausible. Mais le Dr Zucker pense que le silence culturel qui entoure les fausses couches est peut-être plus à blâmer.

 

Des discussions ouvertes sur la perte sont essentielles

Elle souligne que la plupart des femmes ne parlent pas ouvertement de leur perte, mais que si elles le faisaient, les détails médicaux, que la fausse couche ait été provoquée par un utérus bicorne ou un ADN endommagé du spermatozoïde, seraient mentionnés dans ces conversations. « Si elles en parlaient, les femmes exposeraient sans doute plus librement les informations médicales », affirme-t-elle.

Briser le silence culturel entourant les fausses couches va certainement prendre du temps. Mais pour le moment, la science commence à étayer ce qui semble évident lorsque vous considérez les faits biologiques distinctement des influences étymologiques, sociétales, psychologiques ou culturelles : il faut un ovule sain et un spermatozoïde sain pour créer un embryon viable, un fœtus et, enfin, un enfant.

Pour plus d’informations sur les recherches du Dr Dimakopoulu sur les spermatozoïdes et les fausses couches à répétition, voici une transcription* de notre entretien.

 

*Cette transcription a été éditée à des fins de clarté, à la fois par le Dr Dimakopoulou et par moi-même.

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Questions-réponses avec le Dr Anastasia Dimakopoulou

Quelles nouvelles informations votre étude a-t-elle révélées ?

Dr Dimakopoulou : Les fausses couches à répétition sont définies par l’arrêt d’une grossesse avant 20 semaines de gestation, à trois reprises consécutives. De nombreuses recherches ont été réalisées [sur les causes de ces fausses couches] sur le partenaire féminin, mais aucune n’avait encore été menée sur le partenaire masculin. Notre étude était novatrice dans le sens où nous avons examiné les dérivés réactifs de l’oxygène des spermatozoïdes, c’est-à-dire le niveau spécifique de radicaux d’oxygène dans le sperme, et avons observé qu’il était élevé. Les dérivés réactifs de l’oxygène sont un marqueur représentatif de la santé globale d’un homme qui justifient un approfondissement.

S’agissait-il de la première étude montrant que les spermatozoïdes pouvaient jouer un rôle dans les fausses couches à répétition ?

Dr Dimakopoulou : Bonne question. En fait, des études précédentes avaient déjà examiné la qualité des spermatozoïdes et le matériel génétique qu’ils contiennent, mais aucune étude n’avait encore porté sur les dérivés réactifs de l’oxygène des spermatozoïdes.

Avez-vous aussi examiné les fausses couches isolées ? (c.-à-d. les fausses couches qui ne sont pas définies comme à répétition)

Dr Dimakopoulou : Cette étude spécifique examinait les partenaires masculins de femmes victimes de fausses couches à répétition, mais nous nous pencherons sur ce domaine dans de futures recherches.

Pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour enquêter sur le rôle des spermatozoïdes dans les fausses couches ?

Dr Dimakopoulou : C’est une question intéressante parce que nous connaissons les facteurs féminins responsables des fausses couches à répétition, mais cela représente seulement 50 % des cas de fausses couches à répétition.

Les 50 % de cas restants sont inexpliqués, mais tout l’accent est mis sur les femmes, et les hommes ne sont pas examinés. Mes collègues gynécologues admettent que l’on ne pose pas une seule question aux partenaires masculins au cours des examens cliniques suivant les fausses couches à répétition.

On ne sait pas exactement pourquoi les hommes ne sont pas interrogés ou examinés dans ce contexte. Le plus probable est qu’il existe un manque de clarté concernant les tests requis ou une croyance que les partenaires masculins pourraient être mal à l’aise avec les examens concernant leur fertilité, tandis que les femmes seraient quant à elles plus ouvertes.

À quel moment un couple devrait-il consulter un spécialiste pour parler de ses fausses couches ?

Dr Dimakopoulou : Au Royaume-Uni, nous avons établi des directives indiquant que les fausses couches à répétition devraient faire l’objet d’examen quand un couple subit 3 arrêts de grossesse consécutifs ou plus, mais, encore une fois, c’est une question très intéressante parce que les directives ont récemment changé. En décembre 2017, les fausses couches à répétition étaient définies comme l’arrêt de 2 grossesses ou plus par la Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie.  Nous avons en fait réalisé cette recherche avant le changement des directives et malgré cela, nous avons observé des anomalies importantes dans les spermatozoïdes.

Les partenaires masculins sont-ils systématiquement examinés après une fausse couche ?

Dr Dimakopoulou : Dans le cas de fausses couches à répétition, les partenaires masculins ne sont généralement pas examinés du tout. Et dans les cas où les couples essayent de concevoir mais n’y parviennent pas, les hommes sont uniquement examinés en fonction des services locaux disponibles ou de leurs préférences personnelles.

Par conséquent, ce rapport met en lumière une nouveauté concernant ce problème, suggérant que les hommes et les femmes devraient être également examinés au moyen de tests spécialisés standard, et dans le cas de pertes de grossesse idiopathiques [c’est-à-dire inexpliquées], cela est encore plus pertinent.

Sur quelles autres recherches travaillez-vous ?

Dr Dimakopoulou : Étant donné que nous savons maintenant que les niveaux d’oxygène réactif sont élevés chez les hommes dont la partenaire subit des fausses couches à répétition, nous allons nous pencher sur les traitements ciblés. À l’heure actuelle, il n’existe aucun médicament ou stratégie de traitement destiné à résoudre le problème de taux élevés d’espèces réactives de l’oxygène à part les changements de style de vie. Nous allons donc réaliser d’autres études dans le domaine de la fertilité masculine et nous espérons pouvoir développer de nouveaux traitements pour les couples confrontés à des difficultés pour concevoir.

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Jackie Ashton

Jackie est rédactrice scientifique pour Ava et possède une décennie d'expérience en journalisme - interprétant des études cliniques et des documents de recherche pour des médias tels que le New York Times et le Washington Post.

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